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Monsieur le Ministre, Vous venez de prendre vos fonctions à l’Education nationale et je souhaite m’adresser publiquement à vous, en tant que Secrétaire Général du SE-UNSA. Le nouveau gouvernement auquel vous appartenez s’installe dans un contexte politique marqué par une profonde inquiétude des Français, particulièrement liée à la question sociale.
L’Éducation nationale que vous allez découvrir n’échappe pas à ce climat. De son action dépend pour beaucoup l’avenir de la jeunesse. Elle participe, pour une large part, à l’accès à l’emploi. Pourtant, elle n’est plus considérée comme la priorité nationale. Les personnels qui la servent, et en premier lieu les enseignants que le SE-UNSA représente, vivent, tous les jours, l’écart entre les missions dont ils sont investis et les moyens dont ils disposent pour s’en acquitter. La difficulté de l’exercice du métier est patente : elle tient à la fois aux conditions matérielles et à d’autres, plus subjectives, qui touchent au sens de leurs missions. Sur ce plan, la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’École, que votre prédécesseur a défendue, n’a rien résolu. En esquivant les principales transformations dont notre système éducatif a besoin pour reprendre sa démocratisation (redéfinition des missions, des services et de la formation des enseignants), elle n’a satisfait personne dans la communauté éducative. Le climat ambiant dans notre ministère est donc mauvais. Il faut avoir le courage de vous le dire très directement, Monsieur le Ministre : se pose un problème de confiance et de crédibilité. C’est à votre capacité à avancer dans la résolution de ces graves difficultés que les personnels jugeront votre action. Je souhaite donc tout particulièrement, Monsieur le Ministre, vous faire part des points de blocage qu’il est urgent, selon le SE-UNSA, de lever :
- La rentrée scolaire 2005 ne peut s’effectuer dans les conditions où elle a été programmée, que ce soit dans le Premier Degré, insuffisamment pourvu au regard de l’augmentation des effectifs d’enfants à scolariser, ou dans le Second Degré, déstabilisé par un retrait massif de moyens. Pour notre syndicat, un collectif budgétaire est indispensable. Au-delà, les grandes lignes du projet de budget 2006 doivent au moins pouvoir être soumises à concertation.
- Il faut également bannir les mesures qui alourdissent la charge de travail des enseignants ou les fragilisent un peu plus, eux-mêmes, leur statut et l’institution scolaire publique. Elles sont vécues comme de véritables provocations par nos collègues qui se sentent parfois bien seuls sur le terrain. La précarité, les problèmes de remplacement, les procédures complexes à accomplir sans moyens ni formation en font partie. Le désengagement de l’Etat et les mesures avantageant l’enseignement privé également.
- Il faut enfin, Monsieur le Ministre, que des problèmes récurrents, toujours dénoncés mais jamais véritablement traités, soient résolus. C’est le cas du dossier de la direction et du fonctionnement de l’école qui fait l’objet d’un conflit depuis cinq ans, de celui des frais de déplacement, de celui des déroulements de carrière, de celui enfin, décisif, de la formation initiale et continue des enseignants. Nous avons besoin de savoir, Monsieur le Ministre, quelles sont vos orientations. J’ai donc l’honneur de solliciter une audience au nom de mon organisation syndicale. Dans l’immédiat, je vous demande solennellement de surseoir à l’examen des décrets d’application de la loi d’orientation. Enfin, je souhaite particulièrement insister auprès de vous sur l’urgence à restaurer dans l’Education nationale un dialogue social digne de ce nom. La concertation ne peut plus se satisfaire du formalisme dans lequel elle est trop souvent confinée. Dans de trop nombreux rectorats et académies, les personnels sont mis au pied du mur et les instances paritaires dépossédées de dossiers qui relèvent pourtant de leurs compétences. La mise en œuvre de la LOLF illustre ces manquements délibérés. Le terme même de négociation, et plus encore, sa pratique, ont disparu des relations entre le ministère et les organisations représentatives des personnels. Par cette démarche un peu inhabituelle, j’ai souhaité vous dire clairement, Monsieur le Ministre, combien sont fortes les attentes des enseignants que le SE-UNSA représente. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes sentiments les plus distingués. Paris, le 6 Juin 2005 Luc BERILLE Secrétaire Général Articles associés
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