Dès son plus jeune âge, il commença à emprunter cette voie, et sa route croisa celle du Parti communiste. Lycéen attaché à la liberté d’expression, étudiant curieux du monde, après avoir connu la vie ouvrière, il mit ses talents à la disposition des républicains espagnols. En 1933, il adhéra à notre parti, au moment où Hitler arrivait au pouvoir.
Joë Nordmann était juif. C’est pourquoi le régime de Vichy ne tarda pas à le radier du barreau. Il entra en résistance, parmi les premiers. Il lui fut confié diverses missions, mais pendant les heures sombres, il s’ingénia principalement à créer puis à animer le Front National des juristes, qui fut un organe de résistance efficace. Le Palais libre, journal clandestin du réseau parut à onze reprises, et l’action des juristes ne fut pas sans poser de sérieux problèmes à l’administration vichyste. Aussi devint-il directeur de cabinet du ministre de la Justice du gouvernement provisoire, puis haut fonctionnaire du ministère. Il a toujours veillé à ce que la part des communistes dans la Résistance ne soit pas tronquée.
Reprenant sa robe d’avocat, Joë Nordmann devint, entre autres, l’un des avocats du mouvement communiste, car il ne s’en arrêtait pas là. Il fut l’un des animateurs de l’Association Internationale des Juristes Démocrates et s’attela à promouvoir les droits de l’homme sur toute la planète, du Chili au Vietnam, en passant par l’Algérie.
Son itinéraire à travers le siècle épouse le courage de l’engagement communiste. Il en partage aussi les erreurs, jusqu’à la souffrance. Le courage, lorsqu’il élève la voix, au moment de procès politiques ou lors de l’intervention soviétique en Afghanistan. Le courage encore, lorsqu’il se livre à cette autocritique devant ses confrères et qu’il cherche à comprendre comment il avait pu, en 1949, lors du procès Kravchenko, tenir une telle plaidoirie contre celle qui disait les souffrances qu’elle avait connues en Union Soviétique. Il emporte avec lui cette blessure.
Grâce à Joë Nordmann, les communistes ont pu mieux comprendre leur histoire collective, et l’affronter. « Il n’est pas dans mon propos, expliquait-il, de renier ce à quoi j’ai cru et à quoi je crois encore : la recherche, avec mon parti, d’une société plus égale et plus juste. Il ne s’agit pas de renoncer au communisme. » Et d’expliquer qu’il veut faire comprendre comment il s’était fourvoyé jusqu’ à atteindre « les limites de la raison ».
Enfin, il y a son grand œuvre. Son combat digne et résolu face aux crimes contre l’humanité. Avec ses amis, il pourchassa Paul Touvier et déposa la première plainte contre lui. Il contribua à faire condamner Klaus Barbie et fut l’un des acteurs majeurs du procès de Maurice Papon.
« J’ai des petits enfants à l’âge de l’adolescence, plaidait-il pour la dernière fois en 1998. Où se situerait pour eux la frontière entre ce qu’il est permis d’accomplir et le crime imprescriptible contre l’humanité ? Si Papon échappait à la justice, cela signifierait-il pour eux que ce qu’il a fait est permis et que tout peut recommencer ? » Les communistes se souviendront de l’homme, de sa prestance et de son courage, qui donnaient foi en l’humanité. Ils se souviendront de cette grande voix qui emplissait les prétoires et qui se faisait entendre sur les chantiers du monde. Ils se souviendront de son humilité. Ils se souviendront de Joë Nordmann, leur camarade, un homme de justice.
Parti communiste français
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