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Communiqué

Mot du recteur - Budget de l’Université : quel avenir pour Genève ?

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Écrit par Charles-Antoine Courcoux   

Communiqué de presse Université de GenèveMercredi 30 Novembre 2005 - Communiqué de presse - Le mois dernier, le «Groupe de perspectives économiques» du Canton de Genève publiait des pronostics selon lesquels 2006 serait une année marquée par «une légère phase d’accélération de la dynamique» avec une croissance du PIB située entre 1,5% et 1,9% ; l’année 2007, quant à elle, devrait voir la poursuite de ce mouvement, avec une croissance du PIB située entre 1,5% et 2,2%.

Nous voici donc en situation plutôt favorable.

Cela se traduira-t-il par des options stratégiques sur le plan budgétaire ?

On le souhaite vivement.

En effet, on ne répétera pas ici ce qui est devenu un thème habituel des discours officiels : notre principale ressource, c’est la matière grise, nous devons par conséquent investir dans ce secteur.

Ailleurs dans le monde, on l’a parfaitement compris. On ne citera pas ici les chiffres de la Chine et de l’Inde, en progression spectaculaire dans leurs investissements consacrés à la recherche et à l’enseignement supérieur. Un signe des temps : des professeurs chinois engagés dans des universités Etats-uniennes commencent à rentrer en Chine où ils rencontrent des conditions plus favorables. Mais citer l’Inde et la Chine, c’est automatiquement s’exposer à s’entendre répondre que, partis d’un niveau inférieur au nôtre, ils doivent mettre les bouchées doubles pour nous rattraper. Voire…leur retard est sans doute davantage situé sur le plan social que sur le plan scientifique. Mais prenons un autre exemple : un petit pays, dont le nom commence par « S », peuplé de gens proches de la nature, puis passés à l’industrie, réalisant aujourd’hui que l’investissement dans le savoir est la clé de l’avenir. Ce petit pays va doubler son budget consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche dans les quatre prochaines années. Le lien entre le marché de l’emploi et l’investissement dans la formation est démontré. Ce petit pays s’appelle Singapour. On aurait aimé terminer ce paragraphe en disant que ce petit pays s’appelle la Suisse, mais, hélas, nous n’en sommes pas là. A Genève, nous en sommes même carrément à la stagnation.

A Genève, où les pronostics sont ceux que le «Groupe de perspectives économiques» nous fait connaître, on vient d’aller en sens contraire et l’on projette de couper à l’Université l’ensemble de son budget de développement pour l’année 2006.

Chacun sait que les finances de la République et Canton de Genève n’affichent pas une forme éblouissante. Chacun ne sait peut-être pas que le contribuable genevois paiera autant, en 2006, pour le service de la dette générée par la Banque cantonale genevoise que ce qu’il investit dans l’Université…

Différence de taille : dans le cas de la dette, on n’a pas le choix, on paie pour des options prises dans le passé. Pour l’Université : on a le choix, et, en plus, les effets néfastes du recul budgétaire ne seront pas immédiatement visibles…En effet, ne pas avancer, c’est reculer, et l’on risque de perdre des positions de pionnier qu’on nous envie (physique, astronomie, génétique, etc.), on risque de ne pouvoir valoriser les investissements consentis par le passé.

Mais il y a une autre différence de taille : la dette, c’est le prix inévitable du passé. Le budget de l’Université, c’est un investissement dans l’avenir : cela concerne nos enfants, nos petits-enfants, les soins que nous pourrons recevoir, la forme de société dans laquelle nous vivrons, l’amélioration ou la péjoration de notre qualité de vie. Tout cela, on le sait, et il est utile cependant de le rappeler. Mais soyons également, un tout petit un peu, «épiciers». Il n’est pas inutile de savoir que le budget de l’Université, c’est aussi un investissement au niveau des francs et des centimes : chaque franc investi par le contribuable genevois dans l’Université attire un franc venu d’ailleurs (Confédération, fonds de recherche, Mécènes). Ordre de grandeur : sur les 654 millions de francs qui constituent le budget annuel de l’Université de Genève, la moitié seulement vient du Canton. L’Université attire donc dans l’économie genevoise plus de 300 millions, et cela ne tient pas encore compte de l’impact sur l’activité économique en général. Si tant de villes luttent pour obtenir l’installation d’une université, il doit y avoir une raison…

La matière grise, notre investissement le plus important ?

Options de stratégie budgétaire qui devraient en découler ?

La collectivité attend sur ce terrain les conséquences que l’on tirera des pronostics économiques, mais elle attend également que se manifeste la conscience du danger que nous courons : faut-il stagner au moment où, ailleurs, une stratégie claire d’investissement dans l’enseignement supérieur et la recherche se manifeste de manière parfois spectaculaire ? Voulons-nous garder un rôle de leader ? Sommes-nous déjà résignés à ce que nos descendants doivent aller ailleurs dans le monde pour participer aux grands progrès et pour en bénéficier ?

André Hurst

Recteur de l’UNIGE

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