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Face à des pressions émanant de différentes sources, nos gouvernants sont désormais condamnés à penser à tout, dans l’intérêt de tous les citoyens. Qu’ils se complaisent ou soient contraints par cette mission, la loi -ou le règlement- enjoint à tout un chacun « de ne plus prendre de risque ». La politique du parapluie bat son plein. Les bretelles, le rempart en béton et les protections en caoutchouc sont en plein essor. Est-ce que ce sont vraiment et toujours les seuls intérêts du citoyen qu’il y a lieu de protéger ? Sans aucun doute, dans un certain nombre de cas. On peut affirmer également que c’est aussi et surtout pour dégager leur responsabilité civile et pénale que les dirigeants de toutes sortes développent un interventionnisme outrancier. Et c’est là que le bât blesse.
A tout bout de champ et sous tout prétexte, le principe de précaution doit être mis en place. Peu importe que son application génère des situations cocasses ou des recommandations ridicules. Il y a lieu de stocker dés maintenant des millions de masques et de médicaments – dont on ne connaît pas bien les effets – pour lutter contre une éventuelle épidémie de grippe aviaire. Tant pis, si les dates de péremption seront dépassées au moment où l’on en aura besoin ou si le volume des commandes est inadapté. L’important consiste à éviter une éventuelle accusation. Même si le risque n’est pas patent. C’est la définition du principe arrêté lors de la conférence de Rio en 1992 qui est généralement retenu. On a prévu un immense parapluie qui permet de justifier que « Des mesures [ soient ] prises lorsqu’il existe des raisons suffisantes de croire qu’une activité ou un produit risque de causer des dommages graves et irréversibles à la santé ou à l’environnement. Ces mesures peuvent consister, s'il s'agit d'une activité, à réduire ou à mettre un terme à cette activité ou, s'il s'agit d'un produit, à interdire ce produit, même si la preuve formelle d’un lien de cause à effet entre cette activité ou ce produit et les conséquences redoutées n’a pu être établie de manière irréfutable.” Tout le monde en rang et fermez le ban. De plus à chaque instant, les médias aidant « on nous fout la trouille » pour tout ce que l’on voudrait envisager, faire ou entreprendre. Nous sommes passés en quelques années d’une époque où il était recommandé de « marcher dans les clous » à l’ère des invectives stupides. Les panneaux autoroutiers sont significatifs de cette affirmation lorsqu’ils indiquent, « lors de la canicule, hydratez-vous ». C’est à croire que tous les citoyens – ou en tout cas un grand nombre – sont atteints de schizophrénie. Ils sont - c’est écrit - incapables de voir la réalité en face ! Quelles sont les principales conséquences de cette attitude étatique qui devient de plus en plus « une grande Maman » qu’il faut absolument écouter ? L’individu, privé de liberté devient de plus incapable de faire appel à la logique, aux enseignements reçus, à l’expérience. Certes il y a lieu de prévenir un enfant que « jouer avec des allumettes peut-être dangereux » mais de grâce, évitons de dépasser les limites de l’acceptable. A défaut, le citoyen dont l’horizon est assombri par une multitude de règles, n’y comprendra plus rien. Au point qu’il vivra dans l’attentisme. Cette triste fête, dont seuls quelques privilégiés sauront bénéficier, est en train de commencer. Quand il fait chaud « vous devez vous occuper de vos proches » disent les affiches. A quand de nouvelles instructions pour rappeler les obligations qu’il faudra impérativement respecter pour la fête des mères ? Plus rien n’arrête le principe de la non responsabilité lorsque les notices des médicaments stipulent « ne prenez pas une double dose si vous n’avez pas avalé votre pilule la veille ». Idem pour le mode d’emploi de votre mixeur qui précise que les parties électriques ne doivent pas être mises sous le robinet surtout si l’appareil est sous tension ! Nos grands-mères avaient raison. Elles obéissaient à des règles de prudence. Elles disaient aux enfants, voire aux adultes « Prend tes précautions, mon petit… ». Cela voulait dire qu’il fallait prévoir d’aller libérer sa vessie avant une épreuve scolaire, ou pour tout événement important de la vie quotidienne. La recommandation était simple, logique, pleine de bon sens. Des règles qu’il faudrait remettre au goût du jour car la prudence raisonnée sera toujours mieux adaptée à la vie en Société que des mesures de prévention exagérées, nuisibles à l’initiative individuelle. Certains hommes ne peuvent avoir la prétention de tout prévoir pour tous les autres. Sauf à vouloir scléroser les rouages habituels du bon fonctionnement social. Gérard Gorrias Articles associés
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