Lundi 24 Octobre 2005 - Communiqué de presse - Vous trouverez pour votre information, la lettre envoyée par Marie-George Buffet, à M. Patrick Besson, suite à l'article qu'il lui a consacré dans l'hebdomadaire Le Point, daté de mercredi dernier.

Jean-Marc Bouvet
Attaché de presse du PCF

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Monsieur,

Je viens juste de terminer la lecture de votre roman Saint Sépulcre !
Pendant quelques jours, jai participé aux croisades insolites de Gile et Richard Perpin emportée par lécriture. De page en page, je suis devenue complice de la palestinienne et dYsabel et, jai suivi pas à
pas Bénodet.

Le livre terminé, jai eu du mal à le ranger. Cette hésitation est pour moi un critère. En résumé, avant-hier, Patrick Besson cela évoquait Saint-Sépulcre !

Je naurais pas dû feuilleter Le point, mais, je suis incorrigible, lire la presse, toute la presse est une manie.

Lorsque jai vu mon nom et ma photo sur une page, comme dhabitude, je nai pas lu. Jai toujours cette réaction, horreur dêtre à la une, peur dêtre blessée, quimporte et puis comme dhabitude, on men a parlé et comme dhabitude jai fini par le lire, le soir tard. Alors je vous écris.

En France, il y a « les hommes politiques », il ny a dailleurs dans le langage médiatique et politique que « les fameux hommes politiques ». Cest une évidence depuis des temps et des temps, une chose aussi sérieuse que la politique ne peut dépendre que du sexe masculin.

Dailleurs pour confirmer cela, je vous conseille de parcourir les compte-rendus des débats au Sénat avant 1945. Afin de sopposer au droit de vote des femmes, un sénateur a expliqué que si les femmes se mêlaient
de politique « cela les rendrait stériles », un autre, plus visionnaire, a expliqué quelles allaient apporter « la déraison en politique ». Il est vrai quen regardant lAssemblée nationale, où les femmes dont je suis, sont à peine plus nombreuses quen 1945, on ne risque pas de bouleverser lordre établi.

Vous vous demandez pourquoi je vous raconte tout cela, vous avez peut être déjà envie darrêter de me lire, je vous raconte tout cela parce que votre billet dans le Point du 20 octobre naurait pas fait tâche au
Sénat en 1935. Vous le dites si bien, une femme en politique ne se définit pas par ses idées, ses actes mais par la couleur de ses cheveux. Elle est utilitaire « il fallait une blonde ». En fait, pour vous, cest comme la publicité, il faut une blonde pour vendre la voiture, oh pardon, il sagissait de politique.

Une femme secrétaire du PCF « cela la fiche mal », dites-vous ?
Savez-vous, Monsieur, quen 1925, oui en 1925, ce parti présentait déjà des femmes aux élections alors quelles nétaient ni électrices, ni éligibles ? Savez-vous que dès 1921, il diffusait lOuvrière, un formidable journal féministe ? Savez-vous que la parité est partout présente dans notre vie ? Savez-vous que mon engagement communiste est nourri de mon combat féministe ? Et puis je dois vous remercier : votre billet ma rappelé quil ne faut jamais mettre en veille ce combat-là.

Puis-je enfin vous demander une faveur, pourquoi ne pas consacrer un prochain billet à Flora Tristan, Rosa Luxemburg, Clara Zetkin, Louise Michel ou Olympe de Gouges ou pourquoi pas Augustine Variot, elle nest
pas dans les livres dhistoire mais elle fut élue en 1925, à Malakoff, radiée par lEtat en 1926, elle était communiste Mais je suis désolée, je suis incapable de vous dire si elles étaient brunes ou blondes.

Mes respectueuses salutations,

Marie-George Buffet