Paris, le 17 novembre 2005 -  COMMUNIQUE DE PRESSE - Joë Nordmann sest éteint le 13 novembre dernier. Au nom du Parti communiste, je veux rendre à notre camarade lhommage quil mérite. Son engagement et sa droiture honorent les communistes. Nous nous souviendrons de lavocat de renom et de talent. Avocat, cétait son métier, cétait son engagement. Il a placé sa vie au service de la justice et de la dignité humaine. Il était un défenseur des opprimés, un résistant.

Dès son plus jeune âge, il commença à emprunter cette voie, et sa route croisa celle du Parti communiste. Lycéen attaché à la liberté dexpression, étudiant curieux du monde, après avoir connu la vie ouvrière, il mit ses talents à la disposition des républicains espagnols. En 1933, il adhéra à notre parti, au moment où Hitler arrivait au pouvoir.

Joë Nordmann était juif. Cest pourquoi le régime de Vichy ne tarda pas à le radier du barreau. Il entra en résistance, parmi les premiers. Il lui fut confié diverses missions, mais pendant les heures sombres, il singénia principalement à créer puis à animer le Front National des juristes, qui fut un organe de résistance efficace. Le Palais libre, journal clandestin du réseau parut à onze reprises, et laction des juristes ne fut pas sans poser de sérieux problèmes à ladministration vichyste. Aussi devint-il directeur de cabinet du ministre de la Justice du gouvernement provisoire, puis haut fonctionnaire du ministère. Il a toujours veillé à ce que la part des communistes dans la Résistance ne soit pas tronquée.

Reprenant sa robe davocat, Joë Nordmann devint, entre autres, lun des avocats du mouvement communiste, car il ne sen arrêtait pas là. Il fut lun des animateurs de lAssociation Internationale des Juristes Démocrates et sattela à promouvoir les droits de lhomme sur toute la planète, du Chili au Vietnam, en passant par lAlgérie.

Son itinéraire à travers le siècle épouse le courage de lengagement communiste. Il en partage aussi les erreurs, jusquà la souffrance. Le courage, lorsquil élève la voix, au moment de procès politiques ou lors de lintervention soviétique en Afghanistan. Le courage encore, lorsquil se livre à cette autocritique devant ses confrères et quil cherche à comprendre comment il avait pu, en 1949, lors du procès Kravchenko, tenir une telle plaidoirie contre celle qui disait les souffrances quelle avait connues en Union Soviétique. Il emporte avec lui cette blessure.

Grâce à Joë Nordmann, les communistes ont pu mieux comprendre leur histoire collective, et laffronter. « Il nest pas dans mon propos, expliquait-il, de renier ce à quoi jai cru et à quoi je crois encore : la recherche, avec mon parti, dune société plus égale et plus juste. Il ne sagit pas de renoncer au communisme. » Et dexpliquer quil veut faire comprendre comment il sétait fourvoyé jusqu à atteindre « les limites de la raison ».

Enfin, il y a son grand uvre. Son combat digne et résolu face aux crimes contre lhumanité. Avec ses amis, il pourchassa Paul Touvier et déposa la première plainte contre lui. Il contribua à faire condamner Klaus Barbie et fut lun des acteurs majeurs du procès de Maurice Papon.

« Jai des petits enfants à lâge de ladolescence, plaidait-il pour la dernière fois en 1998. Où se situerait pour eux la frontière entre ce quil est permis daccomplir et le crime imprescriptible contre lhumanité ? Si Papon échappait à la justice, cela signifierait-il pour eux que ce quil a fait est permis et que tout peut recommencer ? » Les communistes se souviendront de lhomme, de sa prestance et de son courage, qui donnaient foi en lhumanité. Ils se souviendront de cette grande voix qui emplissait les prétoires et qui se faisait entendre sur les chantiers du monde. Ils se souviendront de son humilité. Ils se souviendront de Joë Nordmann, leur camarade, un homme de justice.

Parti communiste français