Les Personnels de la Fédération de Pédiatrie avec les syndicats CGT, FO, SUD de lhôpital Bicêtre et les syndicats centraux USAP-CGT, FO AP-HP et SUD AP-HP ont été reçus le 19 janvier 2007 par la Direction Générale


Nous sommes en grève depuis le 11 décembre 2006 avec les syndicats CGT, FO et SUD « Pour la restitution des 5 postes dIDE et 7 postes d AS retirés au titre de la restructuration de la Pédiatrie et le refus de la mobilité inter-service et de la polyvalence pour permettre dassurer des soins de qualité en toute sécurité ».

A Une délégation de 65 agents avec les syndicats CGT, FO et SUD a été reçue le jeudi 11 janvier par M.Cazejust, Directeur de lhôpital Bicêtre.

- Le directeur a répondu : « Je crois avoir compris vos difficultés de charge de travail importante. Je comprends que les mutations inter-services rapides du jour au lendemain perturbent vos organisations de travail. Je ne suis pas arrivé à obtenir des créations demploi. Je ne peux rien vous donner ».

 A Le mardi 16 janvier à 8 heures du matin, près de 70 agents avec les syndicats CGT, FO et SUD ont été reçus par Mme Quesada, Directrice du GHU Sud et la direction de lhôpital Bicêtre.

- Mme Quesada : « Je nai pas demplois à donner, il y a eu une conférence budgétaire et nous avons défendu au maximum la situation de Bicêtre. Il faut rappeler que Bicêtre a été un des hôpitaux le moins touché par le plan déconomies. Votre directeur a fait des propositions et a été aussi loin quil le pouvait. Ne mattribuez  pas plus de pouvoir que je nen ai. Ce serait totalement malhonnête de vous dire et de vous promettre que je vais de vous donner des emplois. Ce nest pas moi qui distribue les emplois».

 A Le vendredi 19 janvier, près de 70 agents avec les syndicats CGT, FO et SUD de Bicêtre et les syndicats centraux USAP-CGT, FO AP-HP, SUD AP-HP ont été reçus par Mme Ricomes, Directrice du Personnel de lAP-HP (DPRS), représentant M. Benoit Leclercq, Directeur Général  de lAP-HP.

 Voilà ce que les personnels de la fédération de pédiatrie ont dit à la Direction Générale :

 ¨ Cest la première année que nous sommes 4 IDE (lits porte et urgences) ; 2 IDE aux urgences dont 1 à laccueil et lautre qui doit soccuper de tout le reste avec son compte de réanimation, brûlés,.. ; soins. Auparavant, il y avait laide de léquipe de suppléance, cette année pas daide. La venue dautres infirmières venant dautres services ne peut pas nous aider réellement car elles ne sont pas formées au logiciel informatique URCAL .

 ¨ Jai 36 ans de carrière dinfirmière, lactivité chirurgicale augmente en oncologie et transplantations hépatiques. Ne pas pouvoir sauver des vies par manque de personnel, ce nest pas possible. De plus on vous dit quil ny a pas dIDE de garde et quil faut déménager 2 patients et rester plus longtemps laprès-midi. Au bout de 12 heures de travail, on nen peut plus et on ne peut pas partir à 19 heures. et il faut revenir le lendemain matin à 7 heures. Nous sommes obligés de solliciter les AS pour faire des soins infirmiers. On ferme des lits, on récuse des patients. Nous nacceptons plus cette situation. On ne sait pas combien de temps on va tenir, les jeunes IDE fuient et hier une IDE de garde est tombée dépuisement.

 ¨ Une AS de chirurgie : Je nai pas pu laver mes enfants, je nétais pas bien. En 15 ans de carrière, cétait la première fois que cela marrive, jai mal dormi. On essaie de garder notre bonne humeur car cest important pour nos petits patients et leurs parents mais on nen peut plus.

 ¨ Une infirmière : il ny a plus de prise en charge des élèves, on doit garder toute notre énergie pour les soins aux enfants ; être contraint dabandonner lencadrement de nos futures collègues, cela nous crève le cur.

 ¨ Une auxiliaire de puériculture : on se demande à chaque instant si on ne va pas faire une erreur. Quand on rentre chez nous, on se demande si on na pas oublié quelque chose et que le matin on apprenne quil y a eu une catastrophe par notre faute. On est sur la corde raide en permanence.

 ¨ Une IDE : il y a une unité fermée par manque de personnel ; les prématurés de 3 à 4 jours sont mis dans les chambres avec dautres grands enfants en soins intensifs qui veulent regarder la télé, on ne tient que par les nerfs et nous sommes constamment dans le stress.

 ¨ Une autre AS : je nai pas envie que cela se dégrade. On ne peut plus apporter de réconfort aux patients, on ne peut plus faire correctement la désinfection des chambres.

 ¨ Une IDE de Réa : lAS ne peut pas nous aider ; les conditions de travail sont de plus en plus lourdes, les décrets ne sont pas respectés et pas appliqués. Nous ne voulons pas être mobiles. En nous maltraitant comme cela, croyez-vous que cela va nous inciter à rester à lhôpital ?

 ¨ Une éducatrice jeune enfant (EJE) : A lorigine, ce bâtiment innovait dans la conception de la prise en charge de lenfant malade. Les traitements et les jeux entraient à proportion de 50-50. Les IDE et les EJE avaient aussi pour mission le soutien et laccompagnement de lenfant et sa famille. Aujourdhui, il devient difficile aux IDE de répondre à cette mission. Si les EJE restent les seules à soutenir et accompagner lenfant et sa famille, la richesse de notre complémentarité sera perdue ; le clivage traitement/accompagnement nest pas envisageable dans lobjectif dun accueil satisfaisant de lenfant hospitalisé.

 ¨ Neuro-Pédiatrie : en 20 ans, diminution de 50% de leffectif de jour à En raison des pathologies rencontrées dans notre service, 60% de nos enfants sont hémi, para ou tétraplégiques dans le secteur des grands (myélite, tumeur cérébrale, Guillain-Barré, handicap profond, AVP, SEP, méningite, encéphalite,). En conséquence, ces enfants nécessitent lintervention de lAS ou lIDE pour tous leurs besoins fondamentaux. Du fait de la diminution de personnel, nous ne pouvons répondre à leurs demandes de façon optimum et accompagner les enfants comme nous le souhaiterions à Depuis 10 ans, un secteur HDJ a été instauré dans notre service sans personnel supplémentaire bien que promis, doù laugmentation de la charge de travail pour lIDE et lAS du secteur des grands à Actuellement il nest plus possible dencadrer les étudiants (IDE,AS, Aux puér) dans de bonnes conditions. à disparition des échanges professionnels, rencontres indispensables pour faire évoluer notre profession.

 ¨ Une IDE aux urgences : cest lamour de notre métier qui nous fait tenir.

 ¨ Une AS à lAP depuis 25 ans : Avant il y avait 12 AS, maintenant 7 pour 20 lits. On ne peut plus aider les infirmières, faire les toilettes, chercher les examens, la pharmacie,Trouvez-vous normal que lAS aille chercher les stupéfiants et ampoules de morphine à lautre bout de lhôpital ? Trouvez-vous normal quil ny ait pas assez de couettes et vous avez vu (tout en déposant une couette devant M. Ricomes) dans létat où elles sont ?

 ¨ Une IDE de Pédiatrie Générale : jai choisi de travailler en pédiatrie et je nai pas les moyens de faire correctement mon métier ; on me déplace dans un autre service et je ne veux pas quon mimpose une formation dans une autre spécialité que je nai pas choisie. Quand on me déplace dans un autre service, je ne me sens pas au top et jy vais stressée car je ne maîtrise pas totalement la spécialité et je mets les enfants et mon diplôme en danger.

 ¨ Une IDE de médecine adolescent : on a des malades très lourds et suicidaires. Tenir la main dun enfant, lui faire un sourire, cest un soin, aujourdhui on ne peut plus. Avec les adolescents cela ne suffit pas, il faut avoir le contact car ils ressentent quand vous êtes superficiels et cela ne les aide pas. Le contact fait partie des soins.

 Il a été également lu des lettres de parents (ci-jointes).

 ö Voilà ce qua répondu Mme Ricomes : « Je prends mes responsabilités de DPRS et de représentant la Direction Générale ; je dois assurer léquilibre financier de la maison. Les aspects humains doivent être entendus et sont entendus. Je nai pas aujourdhui demplois à vous donner. Au vu de ce que vous dites, ce nest pas seulement quelques emplois supplémentaires qui vont régler votre situation mais une aide psychologique. LAP-HP doit adapter au mieux la situation de ses effectifs en fonction des réalités économiques (donc du plan déconomies) ».

 Alors que nous avons besoin de personnels, que nous faisons déjà tout notre possible pour nos patients au détriment de notre santé et de notre vie de famille, la Direction Générale répond : « je nai pas demplois à vous donner » (Cest inacceptable) et elle ose nous dire que cest dune aide psychologique dont nous avons besoin et non de personnels supplémentaires. Cest honteux de nous répondre cela après tout ce que nous avons expliqué.

 Ce nest pas daide psychologique dont nous avons besoin mais de personnels pour pouvoir soigner nos patients. Où la Direction envoie les personnels ? Que vont devenir les enfants ?

 De telles réponses sont inacceptables, cest pourquoi les personnels de la Fédération de Pédiatrie avec les syndicats CGT, FO et SUD ont décidé lors de lAssemblée Générale du lundi 22 janvier 2007 de :

 

-         reconduire la grève,

-         informer les personnels des autres hôpitaux de lAP-HP,

-         demander un rendez-vous auprès de M. Xavier Bertrand, Ministre de la Santé, responsable de la Santé de la population,

-         sadresser à M. Bertrand Delanoé, Maire de Paris, et à ce titre Président du Conseil dAdministration de lAP-HP.

Lettres de parents en soutien à la grève des personnels de la Fédération de pédiatrie de lhôpital Bicêtre

 « Nous soutenons pleinement laction du personnel soignant. Etant parents dune fillette transplantée depuis 2 ans, il nous semble impensable que les infirmières « débarquent » dun service à un autre sans avoir aucune notion précise des pathologies de leurs petits patients. Dautre part, les enfants sont « attachés » à leurs infirmières et la venue de nouvelles qui vont et qui viennent pèsent sur leur moral et donc leur guérison !

 Quant à leur temps de travail, comment voulez-vous que les soins soient de qualité quand il faut soccuper de 3 ou 4 enfants en ayant travaillé plus de 12 heures de suite ???

 Il faut que cela change ! Donnez-leur plus de moyens pour exercer un travail de qualité qui fait la réputation de la médecine française ! »

 

*             *             *             *             *

« Nous parents denfants qui fréquentent lhôpital du Kremlin Bicêtre, qui avons vécu des expériences plus ou moins douloureuses, remercions à chaque visite le personnel soignant pour sa gentillesse, son soutien. Par contre il est vrai que ce dernier est beaucoup moins disponible du fait de la pénurie de personnel.

 Exemples : les enfants convoqués à 8 heures avec une seule infirmière pour effectuer les bilans sanguins alors que la plupart sont à jeun, viennent de province ou ont un traitement par anti-rejet nécessitant 1 heure de jeûne après la prise du dit médicament. Aujourdhui,  mon fils sest levé à 4 h30, a eu la prise de sang à 8 h45 (alors que cétait prévu à 8 heures) a pris son prograf 5 minutes plus tard. Soit il pourra déjeuner seulement à 9 h45 sachant quà 9 h30 une échographie est prévue et là encore le temps dattente est souvent important.

 Autre exemple, le bureau des RDV (4ème étage) où il faut au maximum 2 heures dappel successifs pour parvenir à joindre le personnel.

 Lors du transfert du service lors des congés à perte de repères pour lenfant qui ne reconnaît plus les lieux avec du personnel nouveau.

 Il est une règle dor : le personnel crée des liens avec lenfant (et vice versa). Lenfant soigné nest pas seulement un nom sur un dossier, une pathologie. Il a un vécu, des habitudes de vie, des angoisses que seul le personnel soignant avec qui il a tissé des liens peut partager et comprendre.

 Assurer le bien-être physique et moral de son personnel, cest assurer le bien-être des enfants et de leurs parents. »

 

«   Monsieur le directeur de lhôpital,

 

Je suis la maman dun petit garçon âgé de 5 mois et souffrant dun syndrome polymalformatif. Mon fils a été hospitalisé près de 4 mois depuis sa naissance, dont un mois et demi au sein du service de pédiatrie générale de votre hôpital pour une bronchiolite associée à un reflux gastro-oesophagien sévère.

 Jai apprécié laccueil et le professionnalisme des équipes médicales, mais jai constaté un manque flagrant de personnel infirmier et aide soignant, rendant la présence des parents quasi-obligatoire de jour comme de nuit auprès de leur enfant. Ainsi, ces derniers ont la certitude que le biberon est donné dans le temps et dans des conditions non stressantes pour leur bébé. Comment voulez-vous quune infirmière responsable de 9 bébés, sur 2 salles différentes, puisse prendre le temps nécessaire pour soccuper convenablement de chacun dentre eux ?

 Jai par ailleurs 2 autres enfants, âgés de 2 ans et de 5 mois. Je ne pouvais donc pas rester avec mon fils en continu et cest avec une réelle angoisse que je le quittais le soir.

 Pour avoir passé une nuit avec lui, je sais que lambiance était particulièrement stressante pour lui (nombreuses alarmes stoppées au bout de longues minutes, des bébés qui pleurent sans que les infirmières aient le temps de les consoler).

 Aucun incident majeur na eu lieu pendant notre séjour mais jai récupéré un enfant stressé.

 Mon fils est à nouveau dans vos locaux pour des raisons similaires et je constate que rien na évolué depuis fin 2006. Les parents sont toujours autant sollicités et vous pouvez les remercier car, si aucun incident grave ne sest produit à ce jour, cest en grande partie grâce à eux.

 Je souhaite vivement que les soignants grévistes soient entendus et espère pouvoir vous confier mon fils en toute quiétude. Les parents sont là, à mon sens, pour accompagner et rassurer leur enfant, mais ils ne doivent en aucun cas pallier à un manque de personnel qualifié ! »