Communiqué de presse, le 22 juillet 2025 – Génocide de Srebrenica : inauguration d’un monument à Paris
« Le vendredi 25 juillet à 10h15, la maire de Paris, Anne Hidalgo, et le président du collège présidentiel de Bosnie-Herzégovine, Denis Bećirović, inaugureront au cimetière parisien du Père-Lachaise, en présence de rescapés et familles de victimes, le monument commémoratif dédié aux victimes du génocide à l’encontre des Bosniaques qui avaient trouvé refuge dans l’enclave de Srebrenica. »
Le 11 juillet 1995, l’enclave de Srebrenica, assiégée depuis 1992, au début de la guerre en Bosnie-Herzégovine, tombait aux mains des forces serbes commandées par le général Ratko Mladić. Les jours suivants, tous les hommes et adolescents bosniaques étaient séparés du reste de la population sous les yeux des soldats de l’ONU censés protéger l’enclave. Au prétexte fallacieux de les emmener vers des camps de filtration, ils furent regroupés dans différents sites des environs et exécutés entre le 13 et le 16 juillet tandis que les bulldozers ensevelissaient leurs corps.
Trente ans après, cette stèle en granit poli, signée de l’artiste bosnien Ademir « Avdo » Halilovic et sur laquelle a été gravée une carte de la Bosnie-Herzégovine, porte l’inscription : « En juillet 1995, 8372 Bosniaques ont été victimes du génocide de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine. Nous ne les oublierons pas. » Le monolithe évoque le stećak, tombe médiévale monumentale traditionnelle de Bosnie-Herzégovine. Il s’élève à côté de la stèle à la mémoire des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
Le projet de monument est une initiative de l’association « Solidarité Internationale Bosnie-Herzégovine-France » dès 2020. Son inauguration intervient un an après l’adoption en mai 2024, d’une résolution des Nations unies initiée par le Rwanda et l’Allemagne et soutenue par la France, qui fait du 11 juillet une « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide de Srebrenica », et par l’inscription le 11 juillet 2024 par le Conseil de Paris de cette « Journée internationale dans le calendrier commémoratif parisien. »
Vendredi 25 juillet 2025, à 10h15
Cimetière parisien du Père Lachaise, Paris 20e.
Accès : Entrée par le 55, rue des Rondeaux, 75020, Paris, avenue circulaire. 88ème division
Métro : Gambetta, Ligne 3bis. Bus : 26, 61, 64, 69.
https://www.google.fr/maps/place/Pl.+Gambetta,+75020+Paris
Contact presse : [email protected] / 06 04 67 08 04 / Page FB @ Solidarité internationale Bosnie-Herzégovine-France
Un génocide oublié
Les faits :
La guerre de Bosnie (1992-1995) a fait plus de 100 000 morts et deux millions de déplacés.
Caractérisée à tort de guerre civile, elle fut une guerre contre les civils.
Dès la fin mars 1992, les milices serbes, armées par Belgrade et soutenues par l’armée yougoslave inféodée au régime de Slobodan Milosevic, lancent une impitoyable campagne de nettoyage ethnique (meurtres et déportations de masse, viols et tortures). En quatre mois, les forces serbes présentes en Bosnie-Herzégovine prennent le contrôle de 70 % du territoire bosnien, le vident de ses populations non-serbes et referment le siège autour de la capitale bosnienne, Sarajevo.
Cette entreprise belliciste fomentée, planifiée et financée par Belgrade répond au projet ethniciste de « Grande Serbie » défendu par un groupe d’intellectuels nationalistes serbes qui, après la mort de Tito en 1980, dénoncent dans un manifeste l’échec de la mise sous domination serbe des peuples constituant la Yougoslavie et appellent à l’abandon de l’idée yougoslave au profit de la création d’un État-Nation serbe rassemblant tous les Serbes vivant dans cet espace.
Les atrocités ne sont nullement une des conséquences d’une « guerre fratricide » mais bien, comme l’établiront les procès devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPI), le moyen destiné à désimbriquer les différentes communautés ethniques aux fins de créer des territoires ethniquement homogènes et d’y établir à terme une Grande-Serbie.
Le génocide de Srebrenica est la phase paroxystique de cette entreprise criminelle dont les préparatifs sont mis en place dès la mi-1991 et la mise en œuvre commence dès l’indépendance de la Bosnie-Herzégovine aux premiers jours du printemps 1992.
En avril 1993, l’enclave assiégée de Srebrenica est le dernier endroit de la vallée de la Drina (le long de la frontière avec la Serbie) où subsistent des populations non-serbes après les massacres et déportations de masse perpétrés par les forces serbes tout au long du printemps 1992. Plusieurs assauts serbes viennent d’en réduire le périmètre et empêchent l’arrivée de l’aide humanitaire. Des représentants du Conseil de sécurité des Nations unies dépêchés sur place constatent que la population y « subit un génocide au ralenti ». Une résolution du Conseil de sécurité déclare alors l’enclave « zone protégée » et prévoit le déploiement de casques bleus et le recours à des frappes aériennes de l’OTAN, en cas d’attaque.
En avril 1995, le procureur du TPIY, Richard Goldstone, annonce publiquement l’imminence d’une inculpation à l’encontre de Ratko Mladic, le commandant militaire et Radovan Karadzic, le chef politique des séparatistes serbes en Bosnie, pour génocide et crimes contre l’humanité concernant les crimes commis par les forces serbes en Bosnie-Herzégovine depuis 1992.
Fin juin 1995, les forces serbes se mettent en ordre de bataille pour lancer l’assaut final sur Srebrenica. Malgré la menace qui pèse sur les populations, les casques bleus hollandais chargés de protéger l’enclave abandonnent, sous les bombardements serbes, leurs positions de blocage sans que leurs demandes de soutien aérien par les avions de l’OTAN n’aboutissent. L’enclave tombe aux mains des hommes de Ratko Mladic le 11 juillet. Le commandant du bataillon hollandais livre la population aux assaillants et négocie l’évacuation de ses propres troupes. Le lendemain, les soldats hollandais assistent les forces serbes dans la séparation des hommes et des adolescents et dans la déportation des femmes et des enfants en bas âge. (voir : https://www.irmct.org/specials/srebrenica/timeline/en/story)
En 2019, Radovan Karadzic (arrêté en 2008) est condamné à la prison à vie par la justice internationale pour persécutions, meurtres, viols, traitements inhumains ou transferts forcés, notamment lors du siège de près de quatre ans de Sarajevo (plus de 10 000 morts) et du génocide de Srebrenica en 1995.
Ratko Mladic (arrêté en 2011), quant à lui, a été condamné en 2021 à la perpétuité par le TPI pour le génocide de Srebrenica et les crimes contre l’humanité perpétrés entre 1992 et 1995 dans tous les territoires conquis par son armée en Bosnie-Herzégovine.
La négation du crime, ultime phase du génocide
Les Accords conclus à Dayton fin novembre 1995 et signés à Paris le 14 décembre 1995 arrêtent la guerre sans pour autant mettre fin au projet politique ultime de Grande-Serbie.
La Bosnie-Herzégovine est réaffirmée en tant qu’État souverain dans ses frontières internationales mais est réorganisée en deux entités dotées de larges compétences et dont le tracé entérine peu ou prou les résultats de la purification ethnique.
L’entité serbe (sur 49% du territoire bosnien) conserve son nom de guerre Republika srpska et les institutions du proto-État financé par Belgrade dès 1991 et auto-proclamé le 9 janvier 1992 et dont Radovan Karadzic assurera la présidence tout au long de la guerre.
Dans les années qui suivent la paix des armes, l’entité serbe fait entrave au retour des rescapés de la purification ethnique, pourtant garanti par l’annexe 7 des Accords de paix. Avec le retour au pouvoir en 2012 à Belgrade des héritiers de Milosevic, elle affirme de plus en plus ouvertement sa détermination à parachever ses buts de guerre afin de permettre l’avènement de la Grande-Serbie.
Avec le soutien de Belgrade et désormais de la Russie de Poutine, Milorad Dodik, l’homme fort de la Republika srpska (RS), passe de la parole aux actes. Son plan de sécession déclenché fin 2021 est suspendu du fait de l’enlisement de la Russie en Ukraine. Mais Dodik continue à bas bruit d’empiler les actes juridiques qui détachent chaque fois un peu plus du reste de la Bosnie-Herzégovine le proto-État serbe forgé par la guerre et les crimes de masse. Début 2025, il accélère le mouvement en adoptant une loi autorisant la RS d’arborer les couleurs de la Serbie, une autre rejetant l’autorité centrale de l’État bosnien et interdisant toute action des institutions centrales sur le territoire de la RS. Puis en mars 2025, il fait adopter par l’assemblée de l’entité serbe un projet de constitution qui fait de la Republika srpska, « l’État du [seul] peuple serbe. »
Trente ans après les accords de paix, la guerre n’a jamais véritablement pris fin. Elle a changé de nature sans renier sa finalité. Le déni des premières années s’est durci pour se transformer en politique officielle de la Serbie et de l’entité serbe en Bosnie-Herzégovine, contraignant une nouvelle génération de grandir dans le mensonge historique et de se préparer, psychologiquement et politiquement, à reprendre le flambeau belliciste de l’identitarisme panserbe.
Les programmes scolaires omettent toute mention de Srebrenica en tant que génocide, et relèguent les verdicts du TPIY au rang de la propagande anti-serbe. Les criminels de guerre sont glorifiés. Dans les rues de Srebrenica et des autres villes martyrs de la vallée de la Drina ou d’ailleurs, offertes par les Accords de paix à l’entité serbe, fleurissent des graffitis et résonnent des slogans ou des chants qui appellent à recommencer.
30 ans plus tard, les leçons de la tragédie de Srebrenica n’ont pas encore été tirées, ce crime ayant été largement oublié par les Européens qui rechignent à l’étudier au prétexte de complexité. Toutefois, se rappeler de la guerre de Bosnie-Herzégovine et du génocide de Srebrenica permettraient de regarder en face nombre de problématiques contemporaines dans les sociétés démocratiques affaiblies par le poison de la politique identitaire et du nationalisme.
Srebrenica, loin de clore un cycle de violence, annonçait finalement le retour des guerres de conquête et les massacres de civils, l’abandon du droit humanitaire et du droit international.
Aussi, se souvenir de Srebrenica n’est plus seulement un acte de mémoire, c’est aussi un acte de responsabilisation citoyenne pour éclairer notre avenir commun.
Associations et organisations membres du comité de soutien au monument
Solidarité internationale Bosnie-Herzégovine-France, coordinateur et concessionnaire du monument
Association Solidarité Bosnie, Genève, Suisse
Fédération des mères pour la paix, France
Enfants-Europe-Bosnie, France
Enfrance du monde, France
Mir Sada, France
Association d’amitié franco-bosnienne de Nantes, France
Association « Memorial-France », France
Collectif « Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! », France
Centre Culturel – Dzemat, Paris, France
Centre Culturel Bosniaque Dzemat, Annecy, France
Association bosniaque de France, Valentigney, France
Association UMB Srebrenica 95, France
Association « Memorial 98 »
Ces associations entretiennent la mémoire, œuvrent pour la justice et apportent leur soutien aux rescapés du génocide et des autres crimes de masse commis en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995.
Contact
[email protected] / 06 04 67 08 04 / Page FB @ Solidarité internationale Bosnie-Herzégovine-France





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