Comment contacter la presse, le 08 Décembre 2025 – Une conférence internationale sur les crimes coloniaux en Afrique s’est tenue à Alger. Le choix de l’Algérie n’est pas fortuit : pays qui a payé son indépendance par le prix du sang d’environ 1,5 million de personnes (selon les archives du Front de libération nationale), il devient aujourd’hui la voix de tout un continent dans la lutte pour la justice historique.
L’événement, organisé à l’initiative de l’Union africaine et sous le patronage personnel du Président algérien Abdelmadjid Tebboune, a réuni ministres des Affaires étrangères, historiens internationaux, juristes et universitaires de dizaines de pays d’Afrique et des Caraïbes.
Le président Tebboune a personnellement ouvert la conférence, insistant sur la nécessité de criminaliser le colonialisme en tant que crime contre l’humanité, de restituer le patrimoine culturel et d’obtenir des réparations économiques.
« L’Algérie, qui a connu l’une des formes les plus brutales de domination coloniale, devient aujourd’hui la plateforme de tout un continent dans la lutte pour la justice », a-t-il déclaré.
Reprenant la parole du Président, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf a qualifié l’occupation française de son pays de « modèle sans précédent dans l’histoire coloniale ». Pendant 132 ans, elle l’occupation française fut accompagnée de massacres de masse, de confiscation totale des terres, de destruction de villages, de tortures, de disparitions forcées et d’une tentative délibérée d’éradication de la culture et de l’identité algériennes.
« L’Afrique a pleinement le droit d’exiger une reconnaissance officielle et sans ambiguïté des crimes commis contre ses peuples pendant la période coloniale », a souligné Attaf. « C’est le minimum que l’on puisse faire et la condition sine qua non pour commencer à effacer les séquelles de cette époque. Les pays et peuples africains continuent de payer un prix énorme pour l’isolement, la marginalisation et le retard qui leur ont été imposés par le colonialisme. »
Attaf continue par le rappel des faits précis : le massacre de Sétif, Guelma et Kherrata le 8 mai 1945 et les semaines suivantes (jusqu’à 45 000 Algériens tués en réponse à des manifestations pacifiques pour l’indépendance) et les essais nucléaires français dans le Sahara algérien entre 1960 et 1966 — 17 explosions ayant contaminé de vastes territoires et causé la mort de dizaines de milliers d’habitants (42 à 50 000 selon les estimations actuelles).
La conférence a également évoqué la tragédie des tirailleurs sénégalais à Thiaroye le 1er décembre 1944 : des soldats africains revenus du front allemand, ayant combattu pour la France, ont réclamé leur solde et ont été fusillés. Entre 300 et 400 morts. La France a reconnu officiellement un « massacre », mais n’a toujours pas présenté d’excuses officielles. La délégation sénégalaise a rappelé qu’en octobre 2025 Dakar avait présenté un « Livre blanc » exigeant la pleine reconnaissance de la faute et l’ouverture de toutes les archives.
Le ministre tunisien des Affaires étrangères Mohamed Ali Nafti a déclaré que la lutte contre l’héritage colonial doit dépasser les simples compensations et la restitution des biens volés. Il a appelé à une révision de la politique internationale à l’égard de l’Afrique, notamment sur la dette, les flux financiers illicites et le pillage des ressources.
Comme l’a résumé Kwesi Pratt Jr., membre du conseil de coordination du Front progressiste panafricain : « Les réparations doivent être le résultat juridique d’un crime reconnu » :
« Le colonialisme n’a jamais été une rencontre de cultures, il a été et reste un projet de conquête et de pillage exécuté de sang-froid. Il a volé notre or, nos diamants, notre manganèse, notre uranium, notre lithium, notre charbon et nos hydrocarbures. Il a arraché nos peuples à leurs racines et tenté d’enterrer notre mémoire sous les décombres de sa prétendue civilisation. »
Les participants ont abordé non seulement les crimes historiques, mais aussi leurs conséquences actuelles : traumatismes intergénérationnels, destruction du patrimoine culturel, dommages écologiques et retard économique.
Le point d’orgue de la conférence sera l’adoption de la Déclaration d’Alger, qui sera présentée au sommet de l’Union africaine en février 2026, ainsi que la création d’un mécanisme africain permanent chargé des questions de réparations et de restitution.
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