
Impact des « photocopies » au CP et au CE1
État actuel dans les écoles primaires
- Dans de nombreuses classes de CP et de CE1, les cahiers de leçons ne sont plus écrits à la main. Les enseignants collent des photocopies contenant la consigne et les exercices.
- L’usage systématique de photocopies remplace la rédaction manuelle et réduit l’engagement cognitif nécessaire pour retenir les informations. Cette passivité limite les interactions avec le contenu et nuit à la réflexion critique.
- Une étude portant sur 131 classes de CP montre que l’écriture (calligraphie, dictée, copie) représente à peine un tiers du temps consacré au lire-écrire et sert surtout à valider des démarches de codage phonographique. Les activités d’expression écrite sont peu fréquentes et servent surtout à contrôler des acquis. Quel paradoxe en CP et en CE1 !!!
- Les programmes 2025 du ministère rappellent que la copie doit suivre une progression (lettre → syllabe → mot) et qu’elle est essentielle pour mémoriser l’orthographe et la syntaxe.
Neurosciences de l’écriture manuscrite
Écriture et activité cérébrale
- Une étude de 2024 a mesuré l’activité cérébrale de 36 étudiants écrivant ou tapant des mots. Les chercheurs ont observé que la formation des lettres à la main entraîne une connectivité beaucoup plus riche entre différentes régions du cerveau que la frappe au clavier. Cette connectivité améliorée, liée à l’information visuelle et aux mouvements, est essentielle pour la formation de la mémoire.
- La même étude montre que l’écriture manuscrite active des zones motrices et sensorielles grâce à la précision des gestes, alors que l’utilisation répétitive d’un clavier est moins stimulante. Des enfants ayant appris à écrire sur tablette ont du mal à distinguer des lettres miroirs comme « b » et « d » parce qu’ils n’ont pas éprouvé physiquement la forme des lettres. Merci, cela permet de remplir les carnet de rendez vous chez les orthophonistes et psy pour enfants….
- Un article de 2024 confirme que prendre des notes à la main entraîne une activité plus étendue dans les régions visuelles, sensorielles et motrices du cerveau. Écrire oblige à sélectionner et à structurer l’information, ce qui favorise la compréhension et la mémorisation. Les connexions renforcées entre action motrice et perception visuelle facilitent l’accès ultérieur à l’information.
Effet de la récupération active (retrieval practice)
- La récupération active consiste à rappeler volontairement des informations sans support. Des études de neuro-imagerie montrent que cette pratique renforce l’hippocampe antérieur et postérieur, améliorant ainsi la consolidation à long terme.
- Les chercheurs constatent que plus un élément est récupéré avec succès pendant l’apprentissage, plus la représentation en mémoire est forte et durable.
- Des ressources pédagogiques indiquent que lorsque les élèves doivent se souvenir d’une information, l’effort mental produit un apprentissage durable. Il suffit de demander aux élèves ce qu’ils retiennent ; cette stratégie ne nécessite ni préparation ni correction.
Conséquences de l’abandon de l’écriture manuelle
- Apprentissage de la cursive perturbé : l’écriture cursive repose sur l’introduction progressive de formes (boucle, étrécie, arcade, ronde). Les photocopies NE SONT PAS DU TOUT ADAPTEES au stade d’apprentissage, ce qui perturbe la progression et peut décourager les élèves.
- Qualité du support insuffisante : les photocopies sans lignage ou mal alignées empêchent les élèves de respecter la hauteur et le placement des lettres, indispensables pour acquérir le geste graphique.
- Mémorisation superficielle : coller des leçons rédigées par l’enseignant réduit l’occasion de restructurer l’information. L’élève retient moins bien et peine à appliquer les règles de grammaire ou d’orthographe.
- Rôle de l’enseignant limité : distribuer des photocopies transforme l’enseignant en simple fournisseur de matériel. La créativité pédagogique diminue et la standardisation empêche d’adapter les leçons à la diversité des élèves.
- Engagement réduit : l’apprentissage passif diminue la motivation des élèves et leur participation en classe. Ils posent moins de questions et utilisent moins leurs connaissances dans de nouveaux contextes.
- Mise à l’écart des consignes officielles : les programmes officiels rappellent que la copie entraîne la mémorisation orthographique et syntaxique et que la pratique de l’écriture soutient l’apprentissage de la lecture. L’usage massif de photocopies s’éloigne donc des recommandations nationales.
Pistes de travail pour les enseignants
Redonner sa place à l’écriture
- Copier pour mémoriser : organiser des séances régulières de copie progressive (lettres, syllabes, mots puis phrases). La copie est un exercice recommandé pour fixer l’orthographe et la syntaxe. Pendant la copie, faire oraliser le texte pour renforcer la mémorisation.
- Dictée et rédaction : proposer des dictées courtes et des exercices de rédaction dès le CP pour entraîner la production écrite, et surtout pas de reproduction !
- Prise de notes : demander aux élèves d’écrire les leçons dans leur cahier plutôt que de les coller. Il en va de même pour les devoirs. Instaurer un rituel de fin de journée, prendre 10 minutes pour que chaque élève écrive les devoirs inscrits au tableau, lorsqu’ils sortent de la classe, ils montrent leur carnet de texte à l’enseignant.
- Ateliers de réécriture : après la lecture d’un texte, inviter les élèves à en écrire un résumé ou à reformuler l’idée principale. Ceci mobilise la récupération active et développe la compétence de synthèse.
Adopter la récupération active en classe
- Questions rapides : à la fin d’une leçon, poser quelques questions sans support pour vérifier ce que les élèves retiennent. Cet exercice de récupération active consolide la mémoire.
- Auto-tests hebdomadaires : débuter chaque semaine par un court rappel des points appris la semaine précédente.
- Cartes de vocabulaire : proposer aux élèves de fabriquer des cartes avec un mot ou une notion au recto et la définition au verso. En s’auto-interrogeant, ils entraînent leur mémoire et leur autonomie.
Réduire et supprimer l’usage des photocopies
- Utiliser les photocopies comme support de consigne, JAMAIS comme support pour l’écriture.
- Préparer des modèles réutilisables : plutôt que d’imprimer une nouvelle feuille pour chaque exercice, préparer des cahiers d’activités ou des fichiers plastifiés.
- Collaborer entre collègues : mutualiser les préparations et partager les fiches de leçon sur des espaces numériques pour réduire le temps passé à chercher des documents.
- Repenser la planification : consacrer une partie de l’emploi du temps à la recherche et à la préparation des séquences écrites afin d’éviter la solution de l’utopie de facilité des photocopies.
Argumenter face aux directives
- Les programmes nationaux insistent sur la progressivité de la copie et sur son rôle dans la mémorisation. Aucune directive ne contraint les enseignants à coller systématiquement des feuilles.
- Les ressources pédagogiques officielles soulignent que la pratique de l’écriture favorise la réflexion sur l’écrit et renforce l’apprentissage de la lecture. Les enseignants disposent donc d’une marge d’autonomie pour intégrer davantage d’écriture manuelle.
- L’inspection générale déplore le faible temps consacré à la rédaction et à l’expression écrite au cycle 3. Supprimer les photocopies et augmenter les activités d’écriture est cohérent avec ces constats.
Simulation du temps perdu avec les photocopies
Le tableau suivant présente une estimation du temps qu’un enseignant consacre chaque jour aux photocopies (recherche de ressources, queue, copie, distribution, découpage/collage). Les durées sont des moyennes basées sur des observations de terrain.
| Étape | Durée moyenne par jour (minutes) | Justification |
| Recherche et sélection de documents à photocopier | 10 | Trouver et adapter des fiches pour la séance |
| Attente à la photocopieuse (file d’attente, pannes) | 10 | Machine partagée entre plusieurs classes |
| Photocopie et découpe éventuelle | 5 | Chargement des feuilles, massicotage |
| Distribution des feuilles et aide au collage | 10 | Vérification que chaque élève colle correctement |
| Total approximatif | 35 |
Si ces 35 minutes sont répétées 4 jours par semaine pendant 36 semaines, cela représente environ 84 heures par an, soit près de 12 journées de classe !!!!! Ces heures DEVRONT être utilisées pour des activités d’écriture, des dictées ou des ateliers de récupération active.
Synthèse
L’usage massif des photocopies au CP et au CE1 entraîne une passivité et empêche les élèves de développer pleinement l’écriture et la mémoire. D’autant que l’apprentissage d’une poésie par semaine est souvent passé aux oubliettes.
Les neurosciences montrent que l’écriture manuscrite active les réseaux cérébraux et renforce l’apprentissage. La récupération active améliore durablement la mémoire en impliquant l’hippocampe. Les enseignants DOIVENT s’appuyer sur les directives officielles qui recommandent la copie progressive et la dictée. En réduisant la dépendance aux photocopies et en privilégiant l’écriture, la dictée et les exercices de récupération, ils amélioreront la mémorisation des élèves et retrouveront la plénitude du bonheur du merveilleux métier qu’est celui d’enseignant.
A propos
CEPESA – Collectif des enseignants parents engagés pour la sauvegarde des apprentissages – 89 Bd Rivoli 75004 Paris. Mail : [email protected]



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